Prisons psychiatriques : 3 arguments pour défendre le soin
En 2 mots
Face au projet de prisons psychiatriques, un psychologue peut s'opposer en arguant que : 1) La 'gestion du risque' est un leurre clinique. 2) Le cadre carcéral détruit l'alliance thérapeutique. 3) Son rôle est de défendre le soin, pas d'exécuter une politique sécuritaire.
Résumé
Le débat sur la création de 'prisons psychiatriques' secoue la santé mentale, opposant une logique sécuritaire à la primauté du soin. Pour le psychologue, cette proposition remet en cause le fondement même de la pratique : l'alliance thérapeutique. Face à la tentation d'enfermer pour 'gérer' le risque, comment réaffirmer la valeur de notre expertise ? Selon assistantpsy.fr, il est crucial que les praticiens se positionnent. Cet article vous arme de 3 arguments solides pour défendre une vision humaniste du soin psychique.
Le symptôme d'un système à bout de souffle
Faut-il créer des prisons psychiatriques ? La récente tribune médiatisée sur le sujet a jeté un pavé dans la mare. Au lieu d’apporter du soin, on tente de "gérer" le risque par l’enfermement, signalant le désarroi croissant d’un système qui s’essouffle [Source 3]. Derrière cette annonce-choc, c’est une psychiatrie publique saturée, une pénurie dramatique de soignants, et une politique qui se rabat sur la sécurité, au détriment du soin psychique. Pour nous, psychologues, impossible d’y voir une simple solution technique, tant cette vision porte en germe une menace profonde pour notre métier et les valeurs humanistes de la santé mentale. Un système appauvri qui dévie sur la gestion au lieu de prendre soin : voilà ce que reflète le débat actuel, qui nous concerne toutes et tous.
Argument 1 : Le leurre clinique de la gestion du risque
L’idée de séparer prisonniers "classiques" et détenus présentant des troubles mentaux pour mieux "contrôler" le risque est un raccourci séduisant, mais dangereux sur le plan clinique. Comme l’explique un collectif de psychiatres, enfermer sur critère de maladie ne règle rien, et désolidarise totalement le soin de sa vocation première [Source 1]. La prise en charge psychologique suppose l’accueil de la complexité humaine, pas la simplification sécuritaire.
Enfermer pour sécuriser ignore la singularité du sujet, fait fi de l’alliance thérapeutique, et prolonge la logique punitive – à l’opposé du rétablissement psychique. Le psychologue ne "gère" pas le risque, il accompagne le mouvement psychique, la souffrance, la responsabilité. C’est justement là que se situe notre valeur : ramener la nuance et la possibilité de transformation.
Ce débat fait écho à l’enjeu de la "fonctionnarisation" du soin, déjà analysé dans notre article sur le remboursement psy. Dès qu’on réduit notre métier à une mécanique de gestion, on perd tout ce qui fait la richesse de notre discipline… et notre utilité réelle pour le patient.
Argument 2 : L’alliance thérapeutique, pilier incompatible avec le carcéral
Une efficacité clinique réelle est impossible sans alliance thérapeutique forte. Or, l’univers de la contrainte, de la surveillance et de la peur – constitutif du modèle carcéral – est l’exact contraire du cadre nécessaire à cette alliance.
La Fédération Hospitalière de France le rappelle : transformer l’hôpital en antichambre de prison, c’est « renoncer à la démocratie sanitaire », affaiblir la confiance, et déprécier le rôle des psychologues [Source 2]. Dans un univers hyper-sécuritaire, impossible d’accueillir la parole authentique, de créer cet espace où le patient peut – enfin – déposer ses angoisses et travailler à son propre changement. La méfiance, la surveillance 24/7, minent toute alliance thérapeutique.
La crise de la pédopsychiatrie en est une triste illustration : quand la demande explose et que la "gestion" prend le pas sur la relation, tout le secteur s’étiole. Des pistes concrètes pour préserver le soin, même dans ce contexte sous tension, sont proposées dans l’article dédié à la crise pédopsychiatrique. Car tout, chez le psychologue, commence par l’accueil de l’autre, et non par l’anticipation de son passage à l’acte.
Argument 3 : Du praticien à l’avocat du soin
Face à ce virage sécuritaire, il devient crucial que le psychologue endosse un rôle d’avocat du soin – et non simple exécutant. C’est à nous de défendre la valeur de l’alliance, la complexité clinique, le refus du tout-punition.
Concrètement :
- Prendre la plume, publier un post ou une tribune – même courte – pour sensibiliser à l’importance du soin contre la simple gestion du risque.
- Mettre en avant dans sa communication et sur son site la primauté de l’alliance thérapeutique : ce positionnement rassure les patients, et distingue clairement la pratique libérale de la logique institutionnelle.
- S’impliquer localement, par exemple dans un réseau de praticiens, pour porter une vision humaniste de la discipline.
Sur assistantpsy.fr, on milite pour des professionnels autonomes et visibles, capables d’expliquer leur valeur ajoutée aux institutions… mais aussi au grand public. La vraie modernité, c’est de défendre une santé mentale non réductible au contrôle, mais ré-enchantée par le soin.
Défendre le soin dans un monde obsédé par la sécurité
Le débat sur les prisons psychiatriques nous oblige, psychologues libéraux, à sortir du silence. Le mot-clé "prisons psychiatriques" concentre un défi : défendre la primauté du soin, de la relation, et de l’expertise clinique, dans un contexte où la tentation sécuritaire menace de nous effacer. C’est par la formation, la prise de parole et l’inventivité que notre profession gardera son socle éthique et son utilité sociale. Julie, pour servir une psychologie vivante et engagée.
| Section | Messages clés |
|---|---|
| Symptôme du système | La crise psychiatrique engendre des solutions de gestion du risque au détriment du soin. |
| Leurre clinique | La gestion sécuritaire déshumanise la prise en charge et nie la complexité psychique. |
| Alliance thérapeutique | L’environnement carcéral rend impossible la confiance et la collaboration nécessaires à tout soin efficace. |
| Avocat du soin | Le psychologue doit se positionner activement pour promouvoir et défendre la dimension humaine du soin. |