IA entraînement données psychologue : l'effet de défaut qui décide à la place de votre cabinet
Mardi, 21h40 : vous demandez à une IA de reformuler un mail, sans avoir jamais vérifié si l'option d'entraînement était cochée. Ce geste banal pose une vraie question pour un·e psychologue qui détient les secrets des autres. Selon assistantpsy.fr, l'effet de défaut, ce biais de la psychologie sociale démontré par Johnson et Goldstein en 2003, explique pourquoi la case pré-cochée décide souvent à votre place, d'autant que l'Europe discute d'un glissement du consentement vers le droit d'opposition. Dans cet article, vous comprendrez ce que prépare le Digital Omnibus (et ce qui reste à l'état de projet), pourquoi votre secret professionnel ne dépend d'aucun règlement européen, et comment réaliser un audit en 30 minutes de vos assistants IA, réseaux sociaux, messagerie et outils métier. Vous repartirez aussi avec un rituel trimestriel et une phrase de transparence prête à copier pour vos patients.
Ne pas choisir, c'est déjà choisir » : face à la case pré-cochée, le psychologue ne délègue ni son secret ni son cadre. Et vous, quand avez-vous vérifié vos réglages pour la dernière fois ?
Mardi, 21h40, une case que personne n'a regardée
Mardi, 21h40. Vous demandez à une IA de reformuler un mail un peu sec à une mutuelle, puis de structurer une attestation. Derrière ce geste banal se cache une question rarement posée : IA, entraînement, données, qu'est-ce qu'un·e psychologue laisse partir sans le savoir ?
Vous n'avez jamais vérifié si l'option du type « améliorer le modèle » était cochée. Personne ne vous l'a demandé, et c'est précisément le problème. Or l'Europe pourrait rendre ce « oui implicite » encore plus ordinaire.
Alors, qui décide de ce que deviennent vos données : vous, ou la case pré-cochée ? La psychologie sociale a une réponse assez précise. Elle n'est pas très flatteuse, mais elle est utile.
Ce que prépare l'Europe, en clair
Selon 01net, l'Europe prépare une évolution des règles sur les données personnelles. L'objectif : faciliter l'entraînement d'IA comme ChatGPT, Gemini ou Meta AI, notamment via l'« intérêt légitime » des entreprises. La logique glisserait du consentement explicite vers le droit d'opposition.
Autrement dit, « non sauf si vous dites oui » deviendrait de plus en plus « oui sauf si vous dites non ». Mais attention : il s'agit d'un projet en discussion, pas d'une règle adoptée.
Dans leur avis conjoint du 11 février 2026 sur le Digital Omnibus, l'EDPB et l'EDPS nuancent le tableau. L'intérêt légitime peut déjà fonder certains traitements d'IA, mais seulement après une mise en balance concrète des intérêts. Les autorités réclament aussi des garanties pour les données sensibles, un droit d'opposition clarifié et davantage de transparence.
À ce jour, les données de santé restent des données sensibles au sens du RGPD, avec un régime renforcé. Personne ne peut affirmer ce que contiendra le texte final. Quant à l'AI Act, il s'ajoute au RGPD sans le remplacer : les deux textes coexistent.
Ce qui changerait concrètement, si le projet aboutit ? La charge de la protection glisserait de l'entreprise vers l'utilisateur. Donc vers vous, un mardi soir à 21h40.
Pourquoi « vous pourrez toujours vous opposer » ne vous protège pas
Une expérience qui a fait date
En 2003, Eric Johnson et Daniel Goldstein publient dans Science un article au titre sobre : Do Defaults Save Lives?. Dans leur expérience en ligne, le consentement déclaré au don d'organes atteint environ 82 % quand il faut refuser activement. Il tombe à 42 % quand il faut s'inscrire, et s'établit à 79 % sans option pré-définie.
Même question, mêmes enjeux : seule la case de départ change. Sur le terrain, l'écart est encore plus spectaculaire entre pays voisins, avec environ 12 % de donneurs consentants en Allemagne contre près de 100 % en Autriche.
Soyons honnêtes : un don d'organes n'est pas un menu de paramètres. L'étude illustre un mécanisme robuste, elle ne mesure pas le comportement des psys face à ChatGPT. La transposition reste raisonnable, et Thaler et Sunstein en ont fait un pilier de Nudge (2008).
Trois forces, pas de la paresse
L'effet de défaut ne relève pas de la négligence. Il combine au moins trois mécanismes que vous connaissez par cœur.
- Le coût cognitif : changer un réglage exige de chercher, comprendre, trancher. Ne rien faire ne coûte rien, sur le moment.
- La recommandation implicite : « si c'est réglé ainsi, c'est que c'est normal ». Le défaut se lit comme un conseil discret de l'éditeur.
- L'aversion à la perte : on craint qu'en décochant, l'outil fonctionne moins bien. Kahneman et Tversky l'ont montré, une perte pèse plus lourd qu'un gain équivalent.
La fatigue de fin de journée
Ajoutez la charge mentale du libéral : six patients, des comptes-rendus en retard, un téléphone qui a vibré en pleine séance. À 21h40, la décision la moins coûteuse est de ne rien décider. Ce n'est pas une faute morale, c'est de l'économie psychique.
Vous l'observez d'ailleurs chez vos patients. Ils acceptent des CGU illisibles, laissent toutes les notifications actives, puis s'étonnent d'être envahis. Le même biais vous concerne, avec un enjeu de plus : vous détenez les secrets des autres.
Votre secret professionnel ne se négocie pas à Bruxelles
Une règle plus souple pour les entreprises d'IA n'assouplit en rien vos propres obligations. Quelle que soit l'issue du débat, le secret professionnel et le code de déontologie des psychologues continuent de s'imposer à vous.
L'American Psychological Association le formule clairement dans ses recommandations éthiques sur l'IA en pratique clinique, publiées en juin 2025. Le praticien doit savoir comment les données sont utilisées, conservées, partagées et sécurisées. En cas de doute sérieux, l'APA recommande tout simplement de renoncer à l'outil.
Ce qui ne change pas
- Les données de santé restent des données sensibles au sens du RGPD.
- Votre secret professionnel ne dépend ni d'une case cochée, ni d'un règlement européen.
- Désactiver l'entraînement ne transforme pas une IA grand public en outil adapté aux données de santé.
- Le droit des IA peut évoluer ; votre cadre déontologique, lui, reste votre cadre.
Audit des défauts en 30 minutes
Prévoyez une demi-heure, un café et vos identifiants. Les noms de menus changent souvent au fil des mises à jour. Cherchez donc des paramètres « du type » décrit ci-dessous, plutôt qu'un chemin de clic exact.
1. Assistants IA conversationnels (10 minutes)
ChatGPT, Gemini, Copilot, Le Chat de Mistral : chaque outil a sa logique, mais les questions restent les mêmes.
- Cherchez une option du type « améliorer le modèle » ou « utiliser mes conversations pour l'entraînement ». Désactivez-la.
- Ouvrez l'historique et supprimez les anciennes conversations qui vous mettent mal à l'aise.
- Repérez la durée de conservation annoncée et l'existence d'un mode « conversation temporaire ».
2. Réseaux sociaux du cabinet (8 minutes)
- Sur Instagram, Facebook et LinkedIn, cherchez un paramètre ou un formulaire d'opposition à l'usage de vos données pour l'IA générative.
- Répétez l'opération pour chaque compte, personnel comme professionnel.
- Angle mort : les messages privés de patients potentiels. Répondez brièvement et redirigez vers un canal que vous maîtrisez.
3. Messagerie et suite bureautique (7 minutes)
- Dans Gmail ou Google Workspace, cherchez les options du type « fonctionnalités intelligentes » qui analysent le contenu des mails.
- Dans Outlook ou Microsoft 365, cherchez les « expériences connectées » et les assistants intégrés activés par défaut.
- Ne gardez que ce dont vous avez réellement besoin, en connaissance de cause.
4. Outils métier (5 minutes, puis un peu de patience)
- Agenda en ligne, visio, prise de notes : écrivez à l'éditeur pour demander si vos données servent à entraîner des modèles.
- Exigez une réponse écrite et archivez-la. C'est aussi une trace utile pour documenter votre conformité.
5. La règle d'or, indépendante de tout réglage
Aucune donnée identifiante de patient dans un outil d'IA grand public. Jamais, quel que soit le réglage. L'APA le dit sans détour : pas de données identifiables de clients dans ChatGPT ou des outils similaires.
Les réglages sont une ceinture ; l'anonymisation est le harnais. Pour les gestes de protection au quotidien, lisez notre article sur IA, entraînement, données : les fuites silencieuses qui guettent le psychologue.
Le rituel anti-effet de défaut
Retournez le biais à votre avantage : créez un rendez-vous récurrent de 15 minutes, chaque trimestre, dans votre agenda. Les éditeurs renomment ou réactivent parfois des options lors des mises à jour. Ce rappel automatique devient votre nouveau défaut, protecteur cette fois.
C'est le genre d'audit qu'on déroule pas à pas dans la formation d'assistantpsy.fr.
Et vos patients ?
Le même effet de défaut joue chez eux, souvent avec des confidences bien plus intimes. Nous avons détaillé ailleurs ce que deviennent les confidences de vos patients à ChatGPT, et comment l'aborder en séance.
De votre côté, une phrase suffit pour faire de la transparence un signal de confiance. Ajoutez-la à votre politique de confidentialité ou à votre livret d'accueil, en l'adaptant à vos outils réels :
« Le cabinet utilise des outils numériques pour sa gestion administrative (agenda, messagerie). Aucune information relative à votre suivi n'est saisie dans un outil d'intelligence artificielle grand public. »
Vous informez, vous montrez que vous avez choisi, et vous ouvrez la porte aux questions. C'est cohérent avec l'exigence de transparence que l'APA place au cœur de tout usage de l'IA en santé.
Ne pas choisir, c'est déjà choisir
Thaler et Sunstein appellent « architecte du choix » celui qui conçoit les options proposées. Dans vos outils, cet architecte, c'est l'éditeur. Ne pas toucher aux réglages, c'est le laisser décider pour votre cabinet.
Reprendre la main n'a rien de technophobe ni de paranoïaque. C'est un acte de souveraineté professionnelle, aussi simple qu'un rendez-vous trimestriel. Le débat européen se poursuit, l'avis des autorités de protection pèsera, et nous le suivrons ici.
En attendant, votre règle de décision tient en une ligne. Face au trio IA, entraînement, données, le psychologue ne laisse pas la case décider : 30 minutes cette semaine, 15 minutes chaque trimestre, zéro donnée identifiante, toujours.
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